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Bilan immobilier
Une progression des prix plus mesurée et moins uniforme
Par Pelagie Terly - le 18/01/2008 - L'Agefi Actifs

Bien que toujours effective, la hausse des prix s’amenuise en 2007. Le marché tend désormais à s’orienter vers une stabilisation en 2008 Toutefois, l’hétérogénéité de l’évolution des prix sur le territoire s’accentuera, les villes à potentiel progressant encore et celles moins attractives stagnant


Encore une fois, la tendance a été à la progression pour les prix des logements en 2007. Depuis 2000, le prix des appartements a plus que doublé. Certes, le marché se tempère depuis trois ans mais il reste loin d’afficher une baisse globale. Les diverses sources concernant le secteur immobilier restent toutes orientées à la hausse, bien qu’elles enregistrent une augmentation des prix d’une amplitude différente, ce qui met en relief le défaut de transparence déjà dénoncé (lire l'encadré).

La hausse perdure. Selon l’indice Insee-Notaires de France, les prix ont continué à monter, mais à un rythme bien moins soutenu, en 2007. Sur la période d’observation s’étalant du 1er octobre 2006 au 30 septembre 2007, les prix ont augmenté de 5,6 % pour l’ensemble des biens anciens. Les appartements ont progressé de 5,7 %, contre 12,2 % en 2006 et 16,2 % en 2005, et le prix des maisons s’est accru dans les mêmes proportions, à comparer à la hausse de 10 % en 2006 et de 13,4 % en 2005.

De son côté, la Fnaim note également la poursuite de l’atterrissage des prix mais enregistre une décélération supérieure aux chiffres du notariat. Selon la Fédération, les prix n'ont progressé que de 3,8 % en 2007 France entière, contre 7,1 % en 2006, 10,4 % en 2005 et 15,4 % en 2004. « Le ralentissement du rythme de progression des prix est près de cinq fois et demie moins rapide qu’en 2004 sur le marché des appartements, passant d’une hausse annuelle moyenne de 17,8 % à 3,3 % », indique la Fnaim.

Très fortes disparités. Comme d’habitude, chaque région, département et ville suit une évolution propre. Cependant, en 2007, les disparités géographiques se sont révélées encore plus marquées que les années précédentes. Les prix des villes entrées plus tardivement dans la hausse et moins onéreuses se sont encore accentués, à l’instar de Saint-Etienne, à 1.341 euros/m2, qui progresse de 13 %. A l’inverse, celles qui ont d’ores et déjà fortement augmenté se sont ajustées, excepté la ville de Nice qui a encore gagné 9 %. Certaines villes ont vu leurs prix se stabiliser, à l’image de Rennes et ce, en raison de la construction de nombreux logements (voir graphique).

Sur le marché des appartements anciens en province, les prix ont progressé de 4,5 % et sont dans une fourchette comprise entre 2.200 et 2.500 euros/m2 pour les villes importantes, d’après les chiffres des notaires. Nice, Lyon et Marseille demeurent dans le trio de tête en termes de prix. En Ile-de-France, les prix des appartements anciens ont crû de 7,1 %, contre 11,1 % un an plus tôt, pour atteindre 3.795 euros/m2 en petite couronne et 2.970 euros/m2 en grande couronne. A Paris, les prix des appartements sont ressortis en moyenne à 6.181 euros/m2, en hausse de 8,7 %.

Vers un ajustement en 2008. Pour 2008, les notaires prévoient « des prix toujours à la hausse à un niveau supérieur à l’inflation, particulièrement sur les marchés recherchés des grandes villes. Cependant, dans certaines régions où l’activité économique est chancelante et où les étrangers sont absents, il faut s’attendre à une stagnation des prix », déclarent-ils en anticipant la fin d’une hausse uniforme des prix.

Quant aux agents immobiliers, ils s’accordent sur une stabilisation du rythme de hausse en 2008 dans une fourchette de 0 % à 2 % selon les réseaux. La Fnaim se montre plus mesurée que les notaires et envisage que « les marchés immobiliers ne devraient pas progresser à un rythme supérieur à celui de l’inflation en 2008 ». Les contrastes sur le territoire devraient s’intensifier avec des ajustements ciblés allant de +5 % à –5 %.

Progression variée dans le neuf. Sur le marché du neuf, la dernière enquête sur la commercialisation des logements enregistre, pour les appartements, une hausse du prix moyen de 9 % au troisième trimestre 2007 par rapport au troisième trimestre 2006, pour atteindre 3.369 euros/m2. « Cette évolution s’explique par une augmentation des coûts de construction en raison de la hausse des matières premières et du pétrole, ainsi que des dépenses engendrées par le respect de nouvelles réglementations, telle l’accessibilité au logement, et aussi du carnet de commandes saturé des entreprises de bâtiment, indique Jean-François Gabilla, président de la Fédération des promoteurs constructeurs. En 2007, les prix du neuf devraient croître en moyenne d’environ 6 % et continuer à augmenter en 2008. Toutefois, il faut manier ces chiffres avec prudence. »

Si les évolutions se différencient d’une ville à l’autre, les notaires constatent une hausse des prix médians du neuf dans la plupart des grandes villes, avec de fortes évolutions à Grenoble (+26 %) et Lille (+23 %), des stagnations comme à Montpellier (+1 %), et même des baisses à l’image de Reims (-7 %).

Toutefois, l’impact du prix du foncier doit tempérer cette analyse, notamment lors de constructions dans des secteurs moins prisés que précédemment. Les notaires enregistrent, dans les principales villes, une hausse dans le neuf moins importante que dans l’ancien, pouvant engendrer un rapprochement des prix entre ces deux marchés, à l’image de Strasbourg.

Activité mouvante. Concernant le nombre de transactions, les données détaillées font encore défaut, même si les notaires envisagent d’être en mesure de communiquer régulièrement et précisément ces chiffres d’ici à deux ans.

Les notaires d’Ile-de-France publient d’ores et déjà cette information, comptabilisant 154.500 ventes sur la région sur les neuf premiers mois de 2007, soit une activité en baisse de 1,5 % comparé à la même période en 2006. Toujours selon les notaires, sur l’ensemble du territoire, le nombre de ventes en 2007 s'est maintenu à un niveau de 800.000.

Cependant, d’autres observateurs constatent, à l’inverse, un recul de l’activité par rapport à 2006. « Après quatre années euphoriques, 2007 semblait suivre la même tendance au niveau de l’activité, mais le mois de septembre a accusé un ralentissement significatif de l’activité de l’ordre de 25 %, marquant un retour à un marché plus classique », constate Joël Boumendil, directeur général d’ACE, courtier en crédit immobilier.

Pour le réseau d’agences immobilières Century 21, le volume de transactions a baissé de 6 % en 2007. « Le premier semestre 2007, marqué par les élections présidentielles, montre un attentisme du marché, relève Hervé Bléry, président de Century 21. Alors que l’activité semblait repartir à compter du mois de juillet, certaines mesures concernant la déduction des intérêts d’emprunt ont été retoquées par le Conseil constitutionnel, entraînant une perte de confiance et une retombée de l’activité. Le nouveau dispositif a compensé la hausse des crédits et des prix et a soutenu le marché, mais n’a pas eu d’effet booster. »

Marché perturbé. A cela s’ajoute la crise des crédits hypothécaires américains (subprimes) qui a perturbé le marché, renforçant l’immobilisme des clients. « Un bien mis à la vente attire aujourd’hui quatre clients potentiels, contre dix ces dernières années, constate Jean Lavaupot, directeur exécutif d’ERA France. Le marché de l’immobilier se stabilisant, les acquéreurs pondèrent plus fréquemment leur acte d’achat par une négociation sur le prix du bien. »

En effet, les marges de négociation portent sur 4 à 7 % du montant souhaité par le vendeur, selon Laforêt Immobilier. De plus, les biens restent également plus longtemps en portefeuille. D’après Century 21, les délais d’écoulement s’allongent sensiblement à 79 jours, soit 8 jours de plus qu’en 2006. Le réseau recense aussi une forte augmentation des stocks avec plus de 72.872 biens en ventes sur leur site internet fin 2007, soit 10.000 de plus que l’année précédente.

Ventes en retrait en 2008. Dans le neuf, l’activité au premier trimestre 2007 s’est très bien comportée, mais elle s’est tassée à partir du deuxième trimestre, poursuivant cette tendance au trimestre suivant. Pour autant, grâce au premier trimestre, les ventes progressent de 5,3 % sur neuf mois. Elles devraient atteindre un niveau proche de 2006 (126.300 ventes), voire légèrement supérieur à 127.500.

Sur ce marché, la part des investisseurs est en recul. Elle passerait de 53 % des acquéreurs à 48 % en 2007. « Cette proportion devrait continuer à baisser, envisage Jean-François Gabilla. Les investisseurs sont plus sélectifs qu’il y a deux ans. La hausse des loyers inférieure à celle des prix de vente rend la rentabilité moins attractive. De même, les plafonds de loyers Borloo de la zone C représentant 90 % du territoire sont trop faibles pour intéresser un investisseur. »

Parallèlement, les délais d’écoulement augmentent et représentent 9,1 mois de ventes pour les appartements, contre 6,4 mois au troisième trimestre 2006. « Cet élément sera préoccupant lorsqu’il dépassera une année, ce qui pourrait être atteint en 2008 » admet Jean-François Gabilla.. Dans ce contexte, une baisse d’activité est prévue en 2008 avec un volume de ventes compris entre 110.000 et 115.000 logements.

Remontée des taux de crédit. Quoi qu’il en soit, face au déséquilibre de l’offre et de la demande, le marché devrait rester soutenu. Ainsi, selon une enquête réalisée par le réseau Orpi, il existe deux fois plus de demandes que d’offres. Toutefois, la demande reste aujourd’hui circonscrite par la capacité d’emprunt des ménages et le marché doit s’y adapter.

Depuis janvier 2004, les taux sont descendus, le point le plus bas ayant été atteint en janvier 2006. Puis ils sont remontés, mettant fin désormais à leur niveau historiquement bas. En un an, les taux ont ainsi augmenté d’environ 70 points de base et de 130 points de base depuis 2006 (voir tableau). « Les taux restent acceptables et ne bloquent pas la capacité d’emprunt du client, estime Joël Boumendil. Toutefois, dans les endroits où les prix ont continué à augmenter, les demandes de prêts sont plus tendues. Les acquéreurs sont de moins en moins solvables mais ils ne souhaitent pas pour autant allonger davantage la durée de l’emprunt. Nous n’avons pas de demandes concernant des crédits de 30 ans et au-delà ».

Dans le neuf comme dans l’ancien, une sensible hausse du taux de désistement des acquéreurs est décelée, notamment du fait du refus de crédits par les établissements prêteurs. Dans le contexte de la crise des subprimes, les banques vont en effet vouloir resserrer leurs conditions de crédit.

Après des phases euphoriques tant pour les vendeurs que pour les professionnels, la prudence est désormais de mise sur le marché et ce, à la fois du côté des acquéreurs, des banques et des promoteurs.

 

Pelagie Terly

 

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15.05.2008